L’histoire de l’église Notre-Dame de Wasmes se déroule en une longue suite de phases de construction, de dégradations, de restaurations et enfin de reconstruction après l’incendie de 1986, tout en conservant un noyau romain très ancien. Elle reflète à la fois l’évolution de la paroisse, les guerres, l’essor démographique du Borinage et les tensions modernes autour de la protection du patrimoine.
La partie la plus ancienne identifiée est le mur de soutènement du clocher, de style roman , généralement daté du 11e siècle, dans le contexte d’un vaste renouveau religieux et paroissial en Occident.
Cette phase coïncide avec la charte de 1095 par laquelle l’évêque de Cambrai, Gaucher, cède l’autel de Wasmes à l’abbaye de Saint-Ghislain, signe que la paroisse s’insère dans le mouvement de réforme qui transfère de nombreuses églises aux communautés monastiques.
Les XIe–XIIe siècles voient le quadrillage paroissial se fixer : la paroisse devient à la fois un territoire précis, une communauté de fidèles soumis à des rites collectifs, et une structure dotée d’un patrimoine pour faire vivre son curé et entretenir les bâtiments.
L’église de Wasmes, probablement à nef unique à l’origine, appartient à un type régional où une tour latérale est accolée au vaisseau, comme à Anderlues, Binche, Hennuyères ou à l’ancienne église Saint-Germain de Mons.
La première représentation précise connue est la gouache des Albums de Croÿ (fin XVIe siècle), qui montre une église orientée avec tour latérale, toiture unique et environnement villageois marqué par la houillère, notamment la présence de la hôteresse descendante avec son charbon vers le centre du village.
Cette image confirme que la silhouette générale de la tour, déjà à cette époque, est très proche de celle connue avant l’incendie de 1986 ; les plaques millésimées visibles sur la tour renvoient à des campagnes de travaux et non à la construction d’origine.
La fin du XVIe et le XVIIe siècle sont marqués par les guerres : en 1572, les troupes de Louis de Nassau incendient une trentaine de maisons à Wasmes, ce qui fait partie d’un contexte de dévastations répétées dans la région.
Profitant de périodes de paix relative, notamment sous le règne des archiducs Albert et Isabelle, la communauté réalise de grandes réparations : une importante intervention est attestée en 1606 sur la tour, avec la présence de trois maçons nommés.
Une campagne encore plus vaste semble avoir eu lieu en 1611 (rédification de l’église, nouvelle tour, nouvelles cloches), puis en 1688 l’édifice et la tour subissent de nouveaux travaux, probablement à la suite d’autres dégâts ou incendies.
Des traces de poutres et d’anciens murs calcinés liés à la chapelle Notre-Dame après l’incendie de 1986 confirment que l’église avait déjà connu des sinistres importants, peut-être dès le XVIIe siècle.
Le XVIIIe siècle correspond à une période de paix, de prospérité et de croissance démographique dans le Borinage houiller, ce qui permet aux autorités locales d’investir dans l’embellissement de l’église.
En 1739, le menuisier–ébéniste De Bruyn de Saint-Ghislain réalise le maître-autel et les lambris du chœur ; plusieurs paiements importants attestent de l’ampleur de cette commande.
La même année, un vaste programme de travaux est décidé : abaissement du chœur, pavage de ce dernier et de l’ensemble de l’église, réfection de la toiture, création d’une nouvelle porte, nouvelle échelle vers le jubé et réparation de l’escalier du cimetière.
L’embellissement se poursuit : en 1740, le peintre Cysaire est rémunéré pour le tableau du maître-autel, et en 1741, Claude de Bettignies reçoit une somme importante pour les sculptures de la table d’autel, formant un ensemble cohérent autour du chœur.
En 1749, on remplace le plafond lambrissé par une voûte maçonnée, à la suite d’une adjudication au rabais encadrée par un plan et des prescriptions techniques précises, ce qui modifie profondément la perception intérieure de la nef.
En 1762, la paroisse se dote d’un orgue construit par le facteur Armand-Joseph Lion de Ciply, instrument de grande valeur régionale qui sera malheureusement détruit dans l’incendie de 1986.
Un plan du pavé de Wasmes dressé en 1768 par l’arpenteur Jean Deham montre l’église en élévation frontale, près de l’El Wame, franchie par un pont, et confirme l’existence de la tour latérale et d’une toiture uniforme sur la nef.
Après 1768, les sources se taisent jusqu’au début du XIXe siècle, où l’on constate que l’église n’a plus fait l’objet de travaux majeurs et se trouve en mauvais état, au point qu’en 1808 le conseil municipal décide de la réparer car il y pleut.
Un devis est établi en 1810 et, en 1811, une somme de 1000 francs est affectée aux travaux, qui concernent surtout la toiture ; l’église se voit dotée d’une grande toiture à deux versants couvrant la nef, avec des couvertures distinctes pour le chœur, la sacristie, la chapelle Notre-Dame, le portail, les tourelles et la chapelle des fonts baptismaux.
Toutefois, l’édifice devient trop exigu pour une population en forte croissance : en 1826, les autorités constatent qu’il ne peut contenir qu’environ un cinquième des habitants et qu’un tiers au moins ne peut assister aux bureaux.
On alors décide de l’allonger, de l’élargir et de l’affubler d’un nouveau portail ; l’entrepreneur Antoine Thauvoye de Pâturages obtient le marché, et la campagne de 1826 donne à l’église la silhouette et les proportions connues jusqu’en 1986, avec trois nefs.
De cette phase datent notamment certains contreforts visibles sur le mur nord de la chapelle Notre-Dame, ainsi que le recul des orgues Lion pour les adapter à la nouvelle travée créée.
En 1861, après un incendie localisé, la flèche du clocher reçoit une nouvelle couverture ; en 1866, on construit l’escalier monumental qui subsistera jusqu’en 1986, et l’on réalise divers travaux intérieurs de maçonnerie et de pavage.
Vers 1869, l’abbé Petit décrit une église à trois nefs mesurant environ 33,5 m de profondeur : chœur ogival à pans coupés, fenêtres gothiques, corniches et modillons, chapelle Notre-Dame à voûte d’ogives et nef principale voûtée en plein cintre, la tour est quadrangulaire en briques, avec chaînages en pierre et flèche octogonale portant le millésime 1608.
Avant la Seconde Guerre mondiale, les travaux restent modérés : en 1907, on repeint l’église, on restaure les boiseries, on construit une nouvelle sacristie au nord du chœur et l’on installe l’éclairage électrique, marquant l’entrée dans la modernité.
En 1924, l’église est à nouveau entièrement repeinte et certaines réparations de toiture sont effectuées, les ailes latérales étant recouvertes d’« éternit », matériau typique des couvertures du début du XXe siècle.
Après la guerre, les dégâts miniers deviennent un enjeu majeur : en 1947, des réparations urgentes sont réalisées par les charbonnages, mais la question de la toiture provoque un bras de fer entre la commune et la société John Cockerill, qui a absorbé le charbonnage d’Hornu et Wasmes.
La société reconnaît des dégâts miniers et a déjà financé certains travaux, mais impute désormais la dégradation à la vétusté, aux défauts de construction et au manque d’entretien ; un arbitrage est demandé, et des experts concluent en 1953 à une responsabilité partagée, un tiers pour la société et deux tiers pour la commune.
Au début des années 1960, l’église est dans un état jugé lamentable : en 1963, la commune confie à l’architecte Mathieu Pigeolet un projet de restauration importante (toiture, maçonneries, parements), adjugé en 1966.
Les dégâts nouveaux survenus entre-temps rendent le chantier plus lourd que prévu, et la commune annule le contrat en 1969 ; un nouveau projet est alors confié en 1970 aux architectes Marlière et Lhoir, qui concernent une restauration complète de la couverture et des maçonneries.
Une adjudication en 1974 à propos de la réalisation des travaux extérieurs, reçus définitivement en 1979, mais le projet de restauration intérieure, incluant la remise en état des orgues Lion-Schyven, n’est pas exécuté avant 1986.
Dans la nuit du 22 au 23 février 1986, un incendie d’une grande violence a détruit la majeure partie de l’église, notamment les orgues Lion-Schyven, tandis que les trois autels, les confessionnaux, la chaire et la statue de Notre-Dame sont partiellement sauvés, cette dernière ayant été arrachée aux flammes par le curé et un paroissien.
L’édifice est sous-assuré et l’indemnité prévue ne permet pas une restauration complète ; une association « Wasmes-Notre-Dame reconstruction » est créée par Pierre Bottieau pour lever des fonds, mais ceux-ci manquent pour reconstruire à l’identique.
Une convention passée entre la commune et le Conseil de Fabrique consacre d’abord le principe d’une restauration par étapes, proportionnellement aux indemnités d’assurance et aux subventions éventuelles ; Cependant, très vite, l’idée d’une reconstruction plus radicale s’impose.
Une procédure de déclassement partiel est lancée en 1988, visant à ne laisser classer que la tour ; Cette démarche suscite l’émotion des historiens et des défenseurs du patrimoine, qui redoutent une politique de « table rase » et réclament la conservation du chœur, de l’arc triomphal et des piliers de la nef
Malgré les réserves de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles, le déclassement est prononcé en 1989, ouvrant la voie à la construction d’un nouveau volume, tandis que l’on s’engage à intégrer les parties anciennes préservées
L’IDÉA, désignée comme auteur de projet, confie à l’architecte Michel Dessart la conception de la nouvelle église ; une convention de 1992 entre la commune et le Conseil de Fabrique fixe l’estimation des travaux de reconstruction de l’église et de restauration de la tour
Les travaux sont adjugés à une entreprise spécialisée, et le chantier aboutit à un édifice neuf englobant le chœur et les structures anciennes sauvegardées, dans un compromis entre exigences liturgiques contemporaines et respect du patrimoine
Le 28 mai 1995, la nouvelle église Notre-Dame de Wasmes est consacrée en présence d’une foule nombreuse ; la solution retenue, consistant à intégrer les vestiges dans un bâtiment neuf, apparaît alors comme un choix de sagesse entre mémoire et renouveau.
Texte rédigé grâce aux sources :
L’église Notre-Dame de Wasmes (11e-20e siècle) 1995
Origines du Tour de Wasmes, Emmanuel Laurent 1962
Wasmes au fil du temps, Emmanuel Laurent 1981
Histoire de Wasmes, le village du dragon, G Dumortier 1958