Colfontaine d'avant

Clin d'oeil sur le passé ..

Camille SEILLIER, une voix d’or digne de la lignée de nos plus grands artistes borains.

 
Le Borinage n’est-il pas une terre de prédilection tant pour l’art instrumental que choral ? N’est-ce pas sur cette terre de labeur, parmi ces ouvriers qui peinent durement au fond de la mine, que l’on rencontre de véritables phénomènes du chant, ou d’autres artistes passés maîtres dans l’art pratique de l’instrument ? Est-il besoin d’évoquer encore cette merveilleuse lignée des Ansseau, Richard, Balcon et autres qui s’illustrèrent sur nos plus grandes scènes lyriques, tant en Belgique qu’à l’étranger.

Mais à côté de ces merveilleux artistes doués d’organes exceptionnellement puissants, il en existe encore d’autres qui, bien qu’étant plus modestes, n’en sont pas moins des révélations auxquelles on n’attache peut-être pas suffisamment d’importance, Parmi ces gens qui s’adonnent si volontiers  à la pratique du chant, il en est un dont le public borain ignore totalement les grandes capacités vocales : nous avons cité M. Camille Seillier, ouvrier de la mine, occupé au Charbonnage d’Hornu et Wasmes, actuellement âgé de 33 ans et demeurant au n°32 de l’Avenue de la Liberté, à Wasmes.

Camille Seillier

Et ce qui apparaît comme étant le plus extraordinaire, c’est que M. Seillier ne fut jamais un pensionnaire d’aucun Conservatoire, Durant quatre années il suivit des cours de solfège à l’Institut Musical de Wasmes et en sortit alors qu’il avait 25 ans. 

Entre-temps il avait également suivi des cours de piano sans toutefois approfondir ses connaissances en cette matière.

Mais M. Seillier ignorait-il qu’il possédait un don bien particulier; un don qui devait lui permettre d’extérioriser sa belle voix de fort ténor et de porter ainsi bien haut le grand renom de notre Borinage musical. 

Ce fut à la suite d’une circonstance bien fortuite que M, Seillier eut l’occasion de faire montre de ses capacités vocales, 

Au cours d’un concert qui se donnait  à Petit-Wasmes, il chanta devant M. Harmegnies, directeur de la chorale « Fidélio », et ce chef fut tellement étonné de cette révélation qu’il lui souhaita de persévérer dans ses nobles efforts.

M. Seillier animé plus que jamais et persuadé qu’il pourrait arriver à force de persévérance à un excellent résultat, s’adonna davantage À l’art du chant et c’est ainsi qu’on le verra participer en 1937 au Grand Concours international de l’Union belge des chefs de chant à Bruxelles. où sur 185 ténors, il obtint le 1er prix avec grande distinction, avec félicitation du jury, se classant troisième avec 97,5 points sur 100. M. Seillier s’était produit dans l’air de « L’Invocation à la Nature » de Werther. 

En 1938, il participait au Grand Crochet radiophonique de la Salle Normandie, à Paris, et sur 26 concurrents, il décrochait le 1er prix après avoir chanté « Paillasse ». 

Par la suite, notre borain auditionna en soliste dans plusieurs concerts organisés au Borinage. Puis il se mit en rapport avec le grand ténor Arthur Descamps, qui lui donna de très sages conseils. On revoit alors M. Seillier dans un concours radiophonique de chant à Radio-Binche où, sur 840 concurrents, il se place 3ème et obtient le 1er prix, Il avait chanté Hérodiade, Tosca et Paillasse.

Il devait plus tard devenir pensionnaire de cette station radiophonique et de Wallonia.

Cet enfant du Borinage devait connaître encore bien des succès.

Un jour il fut présenté par M. Strack, bourgmestre de Mons, au maître Charles Strony le brillant chef d’orchestre du Théâtre communal de la ville : devant ce célèbre musicien Seillier se produisit dans des airs de Carmen, Werther, Lohengrin, Aïda et Paillasse.

Le maître se déclara enchanté et promit de s’occuper de lui.

Il fut dès lors question de l’engager pour remplir des rôles qui lui convenait le mieux dans « Paillasse » et « Cavalleria Rusticana », mais les événements internationaux mirent fin à ces projets d’avenir.

La guerre

Rappelé en France sous les drapeaux en 1939, car M. SEILLIER, dont le père est français, avait opté pour la France, il délaissa le chant. Lorsque le 3 mai 1940, il revint en congé dans sa famille à Wasmes et assista au concert de bienfaisance qui avait lieu à la Ducale Fanfare de Frameries.

A ce gala artistique, Mme Claire Clairbert notre rossignol national ainsi que notre célèbre artiste Fernand Ansseau. Était inscrits au programme. Après la fête Seillier fut présenté à Ansseau à qui il chanta des airs de Roméo et Juliette, La Tosca, Hérodiade et Werther. C’est alors que Ansseau ne put s’empêcher de prédire un très brillant avenir à cette amateur ajoutant même qu’il « marchait sur ses traces »

Le 23 mai de la même années, Seillier est blessé à Dunkerque et est évacué en Angleterre. Entré en convalescence il reprend goût au chant et au théâtre de Londres il auditionne devant ses compatriotes.

Rapatrié plus tard, il arrive au Maroc français le 20 juillet et se produit comme intermède dans les cinémas des villes marocaines.

Le 15 septembre il est enfin démobilisé et rentre en Belgique.

Sont retour

Durant l’année 1941 il travaille le chant et en 1942 il fait la connaissance du comédien bruxellois Francis Martin, participant comme intermède dans les tournées organisées à travers le Borinage.

En décembre de la même année, au Salon de la Royale Harmonie de Wasmes, il chante comme soliste avec accompagnement d’orchestre.

Son succès fut très grand dans les interprétations de Paillasse, Hédiade, Werther (les 3 airs) et dans le duo de Mireille qu’il chanta avec Mlle Georgette Vilain, de Wasmes.

Enfin tout récemment, à la Fançy-Fair organisée au profit du colis du prisonnier, à la pentecôte, à Wasmes, il se fis applaudir dans l’Attaque du Moulin, la Tosca, le grand air d’Aïda, la Bohème et Paillasse.

Et voila brièvement tracée la carrière musicale de ce modeste autant que sympathique compatriote.

Les événements, sont évidement un sérieux obstacle à l’épanouissement d’un aussi merveilleux talent.

Cependant M. Seillier n’a-t-il pas droit lui aussi à tous les égards et nos directeurs de salles de spectacles ne devraient-ils pas accorder une attention toute spéciale à ce brillant ténor doué d’un organe exceptionnellement puissant.

Nous espérons qu’il pourra enfin mériter cette confiance qui se justifie pleinement. C’est un élément de plus que le Borinage hisse sur le pavois de l’art lyrique et le public doit avoir l’occasion de pouvoir l’apprécier à sa juste valeur.

Nous sommes fermement persuadés que très bientôt ce fervent désir pour être exaucé

P URBAIN

Journal du Borinage 3 juillet 1943 P2

Harmonie Ténor

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